peinture de Bruno, merci
Mardi 14 juin 2015.
Il est déjà l’heure de me lever.
Les habitudes ont la vie dure.
« L’heure de me lever » comme si c’était l’heure, la sirène de l’usine ou une petit machine hurlante posée sur mon chevet, qui décidait à la place de mes sens ou de mon envie.
Il m’arrive encore, de temps en temps, de devoir me lever mais depuis que les doc-préventifs de la caisse nationale d'assurance santé sont régulièrement consultés le réveil forcé n’est pas conseillé. « Mieux vaut prévenir que guérir » est un vieil adage qui a pris tout son sens. Le plan « Cancer » est enfin efficace, les Milliards utilisés n’ayant jamais pu guérir plus de 50% des malades, les sommes sont maintenant versées pour la prévention. Cette politique de santé, inspirée de la médecine chinoise - ne payer le médecin que si le patient reste en forme - s’est étendue à toutes les strates de la société : à la maison et au travail, aux adultes et aux enfants, aux riches et aux pauvres. Autrefois, il pratiquait la prévention… tardive !!
Par exemple, on détectait le cancer du sein après avoir toléré la vente de déodorants toxiques. Autre exemple : On a essayé la vaccination de masse entre 1960 et 2005. Mais on s’est vite aperçu que dans une société apaisée avec une bonne hygiène de vie - en 2005, 3 Milliards d’êtres humains n’avaient pas l'eau courante, record historique - et une alimentation de qualité, les vaccins, comme le tétanos ou le BCG, étaient inutiles et même dangereux car perturbant le système immunitaire. Les allergies et autres immunodéficiences comme le sida ou les scléroses étaient en augmentation constante, il a donc été décidé de faire confiance au bon sens de la nature qui n’a pas fait naître les humains vaccinés durant 100 000 ans. D’ailleurs, les quelques centenaires encore vivants s’en sont très bien passé. Je connais un grand-père, jamais malade, qui a bricolé et jardiné toutes sa vie sans que la fragile bactérie anaérobie du tétanos ne le tétanise… avec son sang chargé d’oxygène, il se défendait facilement. Lui, d’ailleurs ne connaissait aucune personne proche de lui qui ait été infectée. Ce XXème siècle, qui se croyait savant, s’éloigne. Nous avons changé de nombreux comportements irraisonnés. Par exemple aujourd’hui, les vaccins sont personnalisés… et utilisés avec parcimonie pour ne pas renouveler l'erreur faite avec les antibiotiques. Leur utilisation inadaptée avait provoqué l'apparition de bactéries indestructibles, en 50 ans nos prédécesseurs avaient rendu caduque l'une des plus importantes découvertes de la médecine du XXème siècle : les antibiotiques.
Mon lever est donc sans stress.
La lumière du jour réchauffe mon corps engourdi, le chant des oiseaux bouscule les molécules de l’air qui, de cascade en cascade, viennent battre mon tympan.
Il est 7 heures. Paris s’éveille. Il est 7 heures et je n’ai plus sommeil.
L’air pur envahit mes narines, je m’étire lentement, mon ventre borborygme bruyamment.
La prière de mes entrailles est de plus en plus plaintive.
Je dois manger.
A la porte de mon appartement, mon panier repas est livré. Je suis abonné à une AMAP - Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne - qui décide, par rapport à mes goûts et à la saison, de ma nourriture. Du coup 90% de mon panier est composé d’aliments provenant de ma région. De temps en temps, je vais donner un coup de main dans la ferme qui fournit une bonne partie de mes légumes, fruits, fromages, jus de pommes, viande. Les coopérateurs clients mangent parfois ensemble à la ferme, surtout en été. La loi du 15/07/2010 dite de « souveraineté alimentaire » recommande une ferme pour 30 à 60 habitants dans un rayon de 15 Km. Le métier de paysan local est en pleine progression, il remplace le travail à la chaîne qui disparaît. Les employés feront des tâches plus nobles.
C’est très confortable de ne pas avoir à choisir ses courses, mais quand je désire cuisiner pour ou avec ma chérie, un mets particulier, je commande avant les ingrédients ou je me déplace aux magasins. Mais c’est rare, et cher. Mon panier, lui, ne coûte presque rien. De nos jours, la République se doit de fournir l’alimentation de base du citoyen comme l’eau, l’électricité, le chauffage. Ceux qui veulent plus d’eau, par exemple pour remplir leur piscine, payent une surtaxe. Ce qui permet la quasi gratuité pour ceux qui ne consomment que le minimum vital énergétique défini.
Avec ces nouvelles habitudes alimentaires, j’ai pu me débarrasser du plus énergétivore de mes appareils électriques : le frigo. S’il m’arrive d’avoir un reste, je le dépose dans le frigo commun de l’immeuble. Mais avec une alimentation équilibrée et quotidiennement renouvelée, nous avons souvent juste ce qu’il nous faut. Moins nous consommons, des emballages notamment, plus l’état, la société et moi au final, économisons sur la dépollution. L’administration verse des primes pour ces comportements d’éco-citoyen. Donc, comme je n’ai plus de frigo et peu d’emballage, l’état me verse une gratification qui paye une partie de mon panier.
Pour le petit déjeuner, souvent pris sur la terrasse l’été, j’adore commencer par la salade de fruits, sa fraîcheur hydratante se marie bien avec les premières caresses solaires de cette fin de printemps.
L’hiver, avec la véranda orientée au SUD-EST, la caresse de notre étoile est encore plus appréciable. En hiver, j’ai besoin d’une alimentation plus solide : c’est un bol de céréales qui permet d’assouvir ma faim.
J’habite au sixième étage d’un immeuble en spirale, je n’ai pas de vis-à-vis. Mes voisins sont des compagnons discrets, compagnons dans le sens ou l’on mange ensemble une fois par mois. Les immeubles - le plus proche du mien est à 500 mètres - semblent parsemés au milieu de l’arboretum de 50 hectares. Les platanes tachetés et les érables aux feuilles ciselées, ajoutent à l’intimité. Les jardins populaires sont dans une zone plus dégagée. L’environnement est magnifique, la nature est luxuriante. Pour lutter contre le réchauffement climatique, reçu en héritage, de nombreux arbres ont été plantés. Ils absorbent le CO2 et ils rejètent de l’oxygène. La nature est enfin respectée, la France est belle.
Hélas, il reste les verrues nucléaires, les promesses technoscientifiques de traitement des déchets n’ont pas été tenues, il a donc fallu sanctuariser les sites des anciennes centrales. Cela coûte très cher et les employés sont vite remplacés car on ne sait toujours pas se protéger de la radioactivité. Encore un infâme héritage, qui polluera notre pays durant des milliers d’années. Et c'est le moindre mal car nous avons échappé au pire en 2009 lorsque des terroristes ont fait explosé une centrale nucléaire, la moitié de la Finlande est aujourd'hui invivable.
Les délicieuses fraises "Mara des bois" éveillent mes sens, les croquantes graines d'amarante mélangées à des raisins secs comblent mon appétit.
De nos jours la morale progresse, chez moi, je suis bien… Et cela n’a rien d’original notre nouvelle démocratie mesure le BNB, Bonheur National Brut. Le ministère du BNB est aidé dans sa tâche utopique par des comités de citoyens élus. En 2003, un petit pays exotique proche de l’Inde, le Bhoutan, avait lancé ce projet fou : détrôner l’argent roi pour laisser la place à l’humain. Cette utopie fut très critiquée par les « Combattants Anti-Mai 68 ». Ces extrémistes noyautèrent les premières entreprises qui décidèrent d’ajouter ce projet de bonheur à leur charte. Ils allèrent même jusqu’à les menacer d’attentats. L’évidente réussite de ce nouveau type de société, souvent avec des salariés coopérateurs investis de responsabilités décisionnelles, rendit rapidement caduque les valeurs rétrogrades des « CAMai ». Leur erreur fut de vouloir maintenir la mesure de richesse par le taux du PIB - Produit Intérieur Brut - qui augmentait si un pétrolier s’échouait sur les côtes bretonnes : cela donnait du travail, faisait des dépenses et donc enrichissait la France!! Ces extrémistes disparurent rapidement n’ayant été qu’un épiphénomène historique. Même s’ils eurent quelques audiences. Principalement à cause de l’inculture des médias qui informaient le peuple avec la même pensée unique. Cette société sclérosée rendait difficile la communication entre les citoyens, mais n’était-ce pas le but recherché ? Maintenir les gens dans l’ignorance, en les épuisant avec des travaux pénibles, pour garder le pouvoir.
Je travaille ce matin. J’ai plusieurs rendez-vous. J'aime mon métier, il me permet de nombreuses rencontres.
J’ai besoin d’activité physique, le programme prévention santé des doc-préventifs, m’a pointé mon léger surpoids. Je suis fonctionnaire communal, plus précisément, j’inspecte les jardins potagers. Je donne des conseils de cultures associées, d’utilisation rationnelle de l’eau et des alternatives aux produits chimiques qui ne sont plus fabriqués. Les preuves de leur nocivité s’étaient accumulées et elles confirmaient leur responsabilité dans la baisse de 90% de la fertilité des hommes : C’est l’évènement qui nous imposa des changements.
La re-évolution des consciences, le changement de paradigme a eut lieu en 2010.
En 2007 la baisse était de 50%, en 2008 de 60 %, en 2009 de 70%, en 2010 de 80%. Les naissances étaient en chute libre. La chute est enraillée mais les babillages des bébés sont pour beaucoup de lointains souvenirs. Les humains se sont révoltés, ne pouvant plus supporter de savoir que le futur, de leurs enfants et petits enfants, était compromis par des comportements irresponsables souvent liés à l’appât du gain. Ils ont élu un gouvernement qui n’empêche plus les altruistes attitudes qui bénéficient à la planète et à ses habitantes. Je dis habitantes et cela englobe aussi les hommes, le genre masculin ne remporte plus sur le féminin même en grammaire. L’égalité des sexes avance, le premier des racismes régresse sur la planète. Il va même disparaître,…comme les ours blancs !!
Voici un exemple d’initiative, maintenant, encouragée et qui bénéficie à tous : J’ai décidé de travailler moins… pour gagner moins… pour polluer moins... pour partager le labeur. Mon empreinte écologique étant moins forte je reçois des bons de réductions.
Les incitations sont nombreuses, parfois un peu liberticides, mais « Qui veut la fin veut les moyens ». C’est ça ou la disparition de l’humanité : l’individu est au service d’une collectivité en symbiose avec son environnement. Comme dans les peuplades primitives, la vie de la tribu importe plus que le bien-être égoïste de l’individu.
Autrefois, c’est le manque d’argent qui m’obligeait à manger de la MacDemerde. Je payais obligatoirement les porte-avions nucléaires, je subventionnais l’agriculture intensive des OGM ou les médicaments des multinationales de la chimie qui me rendaient malade avec leurs molécules inconnues… pour tenter de me soigner ensuite !
Je ne me sens donc pas plus privé de liberté aujourd’hui qu’hier, bien au contraire, car c’est pour la bonne cause. La priorité est le Bonheur National Brut. C’est donc pour le plus grand nombre et cela impose une certaine répartition des biens à l’échelle nationale et mondiale. Ce qui n’était pas du tout dans les habitudes des populations des pays riches. Leurs certitudes, leurs arrogances, principalement dues à la fierté de voir leur modèle de développement cannibale devenir la référence mondiale, leur faisait croire qu’ils détenaient la vérité.
« Ce n’est pas parce que l’erreur perdure et s’amplifie qu’elle devient réalité » disait Goethe. Ok, c'est facile, c'est une pensée… une abstraction, pour qu'elle existe de façon palpable elle doit devenir acte.
Le lavage de cerveau dû au marketing était bien ancré. Nous nous en aperçûmes trop tardivement, le mal était fait. Nous aurions dû agir plus tôt. Hélas, il aurait fallu que nous nous projetâmes dans le futur afin d’anticiper les dégâts provoqués par nos attitudes d’obsédés de consommation. Les états et les multinationales influençaient les gens afin qu’ils dépensent, consomment, s’endettent. La pub a été autorisée jusqu’en 2009. La technique la plus employée était de rendre le consommateur frustré : Les blondes lascives et siliconées, les lisses mâles à poil sans poil, sont des icônes que les clients pigeons admiraient. Mais devant l’implacable miroir, « Oh mon miroir dis-moi qui est la plus belle », la réponse n’était pas celle attendue. Alors pour compenser la frustration, les pigeons achetèrent le parfum… ou la paire de Basket qui les auraient rendus irrésistibles. Et ça ne marchait toujours pas !!... Alors, comme Icare volant vers le soleil, ils se brûlèrent les ailes. Le vide affectif s’en trouva amplifié, ces actes de con-sommateurs consumèrent cette civilisation. La terre subit un réchauffement puis s’embrasa…
De nos jours, de nombreuses associations de consomme-acteurs - reconnues d’utilités publiques - luttent contre les ravages de la pub que nous avons subis durant de nombreuses années. Cette désintoxication commence à porter ses fruits. Les attitudes changent, la devise « Liberté » s’affiche à nouveau fièrement au fronton de nos mairies. Du coup, les humains se remettent a espérer, les enfants naissent un peu plus chaque année. L’état de grossesse étant exceptionnel, une femme enceinte a donc un statut exceptionnel. Elle choisit des activités paisibles et enrichissantes : les arts, les travaux manuels, la musique, le sport, la lecture ou ne rien faire. Son temps lui appartient totalement durant toute la durée de sa maternité puis de sa maternance.
Les enfants sont éduqués au bonheur, plus de compétitions notées mais des travaux communs de coopération. La guerre, militaire ou économique, est une infamie. D’ailleurs le commerce des armes n’est plus autorisé, seules des entreprises, appartenant à l’ONU, en fabriquent. Une éducation pacifiste, l’apprentissage de la gestion de conflit sont enseignés dans tous les quartiers. Les familles bourgeoises dominantes qui depuis des siècles se sont enrichies grâce à la guerre et au système du « diviser pour mieux régner » ont eux plus de difficultés à accepter les évolutions. Elles perdent, peu à peu, l’influence qu’elles avaient. La télé Big Brother - celle décrite dans le livre « 1984 » d’Orwell - et les médias n’appartiennent plus à des gros industriels. La loi de séparation, initiée par les résistants dans les années 1950, a été votée à nouveau, par notre parlement européen. La presse est de nouveau indépendante. Lâcher le pouvoir, l’argent, le sexe et les yachts ne se fait pas sans douleur. Nos élites, et leurs intérêts financiers, ont beaucoup retardé notre Re-évolution. Ce qui se comprend, d’ailleurs historiquement, je ne pense pas qu’une seule révolution soit l’œuvre de nantis.
Nous assumons nos héritages, assumer ne veut pas dire maintenir en l’état. Nous avons le courage de regarder les choses en face. Ce n’est pas toujours facile de se voir si laids mais cette remise en question, cette prise de conscience qui culpabilise, momentanément, est indispensable pour avoir un nouveau regard afin de poser de nouveaux actes. Cette introspection s’est faite grâce aux psycho-ethologues. Ils ont prouvés que nos origines simiesques nous poussaient à nous battre pour avoir plus de nourriture ou pour agrandir notre territoire. Aujourd’hui, grâce à un précoce travail de prise en compte de notre animalité on évite bien des réactions agressives : La vie du jeune mâle adolescent qui pourrait se tuer en prenant des risques, comme le jeune lionceau au moment de quitter sa mère, est une vie précieuse que l’on se doit de préserver, l’humanité est en déclin. L’homme aime les habitudes, s’il évolue, c’est par obligation. Un singe jette sa peau de banane dans la nature les hommes aussi. Sauf si par obligation, ils apprennent un autre comportement. Rien n’est figé chez l’humain. Même si certains sont plus bloqués que d’autres surtout ceux que le confort a rempli de certitudes. Mais le cerveau peut s’ouvrir à d’autres perceptions qui ne sont que des habitudes. Et comme toutes les habitudes, elles peuvent changer.
Je chemine tranquillement vers mon travail, je n'aime pas être en retard à un rendez-vous! Il fait beau…Cette fine pluie de Juin est parfaite pour les jardins.
Nos grands chercheurs technoscientifiques nous avaient promis que l’on pourrait se passer de ventre pour porter un enfant, comme ils nous avaient promis la guérison du SIDA ou le recyclage des déchets radioactifs. Le phantasme de la toute puissance de l’homme qui s’était amplifié depuis le XIXème siècle a fait long feu. Les utilisations malheureuses des découvertes scientifiques nous ont rendus plus prudents. Le bien-être des humains est trop précieux pour être laissé entre les mains de quelques savants fous. Les erreurs du passé comme la bombe atomique ou les produits chimiques, dérivé des gaz utilisés dans les guerres et qui permirent au XXème siècle d’être le plus tueur d’hommes, d’espèces animales et végétales, ont poussé à la création de comités de vigilance. Ceux-ci analysent le bien-fondé du travail des chercheurs : La techno-science est au service de l’humain et non l’inverse.
Et ce n’est pas le seul changement de notre époque.
L’immigration est devenue une chance pour l’occident.
Heureusement qu’il existait des indigènes perdus au fond des déserts ou des forêts. Ils ont un peu moins souffert que les occidentaux de la dégénérescence. Ils sont le réservoir qui permettra à l’humanité de survivre. Hélas, le ministère a beaucoup de mal à faire venir ces immigrés, il parait que depuis que le BNB remplace le PIB, c’est plus facile. Pour les indigènes l’homme doit être au centre des préoccupations à la place de l’argent. Pour certaines civilisations, qui aujourd’hui nous inspirent, comme celle des aborigènes australiens, la notion de propriété ou d’achat de terre est incompréhensible. La terre est empruntée aux enfants, elle ne peut donc pas appartenir à un quelconque adulte. Les « sauvages », comme on les appelait avant, hésitent donc à venir en occident. Nos mœurs rétrogrades et nos mauvaises habitudes ne leur inspirent toujours pas confiance.
Moi, je travaille pour la terre et avec la terre des jardins. Dans la terre je sème et six pieds sous terre je finirai. J’aime beaucoup mes métiers : celui qui me rapporte l’argent est, en plus, d’utilité publique. Je permets donc aux familles de mieux se nourrir tout en réduisant leurs dépenses. Mon autre métier - avant on m’aurait qualifié de bénévole - est lié à l’astronomie. Je m’occupe de surveiller le ciel, je calcule des trajectoires, des distances en Parsec ou en Années-lumière.
En 2008, un astéroïde est passé si près de la terre qu’il a déclenché un raz-de-marée, heureusement sans conséquence. Depuis la naissance de notre univers, il y a 13.7 Milliards d’années, les collisions célestes ont sûrement crée la lune, fait disparaître plusieurs fois entre 50% et 99% de la vie sur terre. Pourtant c’est grâce à ces évènements que l’humain existe. Il a fallu recruter un grand nombre d’astronomes car la vie, telle qu’on la connaît, pourrait bien s’arrêter en 2036. Des comités de chercheurs planchent actuellement pour trouver un moyen d’éviter la collision annoncée : Un énorme caillou se dirige droit sur nous !
Je suis une poussière d’étoile et mes os sont construits d’atomes de carbone qui ont déjà servi aux dinosaures. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Cette prise de conscience, de notre condition d’ignorants mortels perdus dans un univers gigantesque et soumis à toutes les incertitudes sidérales, a accéléré la fin des conflits. Aujourd’hui, les humains oeuvrent ensemble, convaincus de ramer dans la même galère spatiale.
Notre perception du temps qui passe évolue, en s'appuyant sur les bonnes idées du passé. La folle course du métro-boulot-dodo n’existe plus. Prendre son temps n’est plus dissident. Maintenant, on sait que le temps qui semble s’écouler tranquillement de la même façon pour tous est une erreur d’appréciation de nos sens, comme une illusion d’optique. En fait le temps s’écoule différemment selon les personnes, plus lentement pour celles qui sont en avion. A la vitesse de la lumière, constamment à 300 000 Km/s, c’est le temps qui s’arrête.
"Oh temps suspend ton vol !"
Le peuple Maori, contemplatif, savait arrêter le temps : scruter l’océan, humer l’air chargé d’iode, écouter le ressac, sentir la caresse du sable glisser entre ses orteils : juste le plaisir d’être là, sans agir, juste dans l’observation attentive de l’instant présent. Les enfants reçoivent, aujourd’hui, cet enseignement, tout est fait pour leur bien-naître!
Trop d’erreurs ont été commises dans la précipitation. Nos prédécesseurs se croyaient maîtres du temps, même pour l’heure d’une naissance. Le gynécologue obstétricien, rien que le nom ça compliquait un accouchement, risquait d’être en retard au golf, alors on accélérait les contractions avec une piqûre. Les « sages-femmes » sages ont repris en main cet acte naturel millénaire, cette histoire de femme, car elles vivent dans leur chair et non dans les livres, se fait maintenant en laissant du temps au temps. Les innombrables tuyaux, appareillages, piqûres, scalpels sont rarement utilisés. L’humaine fait confiance à l’humaine.
On réapprend aux écoliers à utiliser leur temps : ils peuvent passer une journée au bord d’un lac avec les cannes à pêche. La sieste avant le début des activités l’après-midi est conseillée. Ils prennent le bus pour se rendre à l’école. Mais un « pédi-bus » : Un adulte devant la corde, un adulte derrière, les élèves tenant la corde d’une main. Et c’est parti pour la balade matinale qui les emmène, tranquillement, en classe.
Ce qui est dommage c’est d’avoir tant tardé à mettre en place ces bonnes idées.
Les évolutions étaient lentes sauf en cas de catastrophe qui imposait des changements rapides, les humains manquaient de convivialités. Par exemple dans l'article 1 de la constitution française : "La république assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race …" on a attendu 2010 pour prononcer la suppression du mot race. Pourtant, depuis longtemps les preuves génétiques, dans notre ADN, exprimaient que les humains sont une seule et même race.
En 2005, certaines communautés présentaient l’imminence d’une catastrophe. Ces éco-villages étaient qualifiés de sectes - ce mot qualifie aujourd’hui les religions qui ne sont pas classées comme des partis politiques - . Pourtant ils osaient un comportement différent. Malgré leurs explications pragmatiques, malgré leur innocuité reconnue même par l’état, qui via ses sbires policés n’y trouvait rien de répréhensible, ces groupes d’utopistes n’inspiraient pas confiance. L’envie d’un monde meilleur pour tous était une idée beaucoup trop subversive. Ces Peace and Love étaient perçus comme plus dangereux qu’une armée de talibans-kamikazse-matryrs. Aujourd’hui, le nom de ces précurseurs mal-aimés remplace les noms des rois guerriers ou des industriels esclavagistes pour baptiser les écoles ou les rues de nos villes.
La confrontation des idées est le ciment d’une civilisation. La pensée unique fut son tombeau et notre ancienne civilisation s’est éteinte. Comme Rome s’écroula lorsque ses élites décadentes, qui monopolisaient le pouvoir, dégénérèrent. Se confronter ce n’est pas s’affronter, c’est s’enrichir de nouvelles idées. C’est pour cela que la philosophie est maintenant enseignée dès la maternelle et jusqu’à la maison de retraite. La vieillesse est une chance et la mort n’est plus un tabou, la philosophie aide à libérer la vie. La pensée unique aurait empêché les écrits de Spinoza, Nietzsche ou Marx - qui vient de recevoir le prix Nobel d’économie à titre posthume - . Leurs livres ont failli disparaître à cause d’une propagande capitalo-productiviste bien huilée : l’humanité ne s’en serait jamais remise.
L’univers s’en fout.
Avec mes circonvolutions intellectuelles, j'ai fait le trajet sans m'en rendre compte. Notre nouvelle société libérale favorise la liberté de penser, de travailler ou de ne pas travailler. Mais bien peu sont oisif, l'humain est un animal convivial et puis… Le travail c'est la santé.